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Pourquoi le divan?

  • Photo du rédacteur: fvaudelapia
    fvaudelapia
  • 1 févr.
  • 2 min de lecture

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn »

V.Hugo

A se mirer, Narcisse se fige.

Cette fable bien connue nous met face à une question commune : quel est ce reflet que m’offre malicieusement le miroir ? Le familier s’y mêle à l’étrange ; la certitude d’être, à l’indécidabilité de qui l’est. Lui ou moi ?

Jacques Lacan situe dans ce rapport à l’image, à la fois une structuration fondamentale du sujet[1], et le fait qu’il inaugure une aliénation indépassable à cet autre pour lequel on se prend. Pourtant, il est bien évident que le reflet n’est pas celui qu’il reflète. Il y a donc division. D’un côté : le regard, de l’autre : l’œil. D’un côté un désir, celui de voir, de l’autre une image, ce qui est vu.

On peut aisément comprendre en quoi cette structuration psychique se répercute dans le rapport aux semblables. Ne passe-t-on pas une bonne partie de son temps à chercher à être vu, plutôt qu’à voir ? Ne cherche-t-on pas à se conformer à ce que l’autre nous demanderait d’être ?

Or, bien souvent, du côté de la névrose en tout cas, c’est précisément ce mécanisme de recouvrement du désir au profit de la demande qui conduit à la souffrance, celle du sujet à qui l’on refuse ainsi l’ex-sistence, à qui l’on empêche de déborder la stase de l’image muette.

Nous en venons ainsi naturellement à l’importance du divan.

Car qu’est-ce que ce dispositif où l’analysant n’est plus vu, où il ne peut plus lui non plus scruter chaque détail du visage de l’autre dans lequel il croit pouvoir reconnaître approbation, déception, amour, rejet et tant d’autres formes de la demande ? Qu’est-ce que ce dispositif si ce n’est précisément la prémisse pratique d’une échappatoire à la demande de l’autre ?

Certes, ce n’en est qu’une figuration. La demande fut dès longtemps intériorisée. Le surmoi en est un des noms. Mais la voie est ainsi tracée néanmoins. L’étoile du soir oriente l’esseulé marin, et de savoir qu’une direction existe, il peut tenter de naviguer dans ses eaux troubles.

Il n’y a donc rien de superflu dans le fait de s’allonger sur le divan. Cet acte signe la vitalité du désir, en ce que celui-ci est un au-delà de l’asservissement à la demande, un au-delà de l’exigence de conformité à un idéal exogène. Cet acte inaugure le chemin d’une délivrance. La cessation de la souffrance viendra alors, comme le disait Lacan, « de surcroît ».


[1] Voir l’article sur le stade du miroir.

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