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De quoi la psychanalyse soulage-t-elle ?

La psychanalyse place la revendication contemporaine du bonheur du côté de l’imaginaire, c’est-à-dire de ce registre du psychisme humain où l’image domine[1]. Dans ce champ, on peut croire en la possibilité d’une subjectivité unifiée comme on voit son corps dans le miroir.

Mais à partir du moment où la psychanalyse découvre que l’être humain est fondamentalement un « parlêtre » (Lacan), le bonheur au sens de totalité achevée, de perfection, devient inenvisageable. Le mot manque la chose.


Doit-on croire alors que la cure est une pratique de la résignation ? Certainement pas, bien au contraire.

Mais en lieu et place de l’évacuation du « négatif », de l’accession à « la meilleure version de soi-même », à une « acceptation de soi », ou encore à une « harmonie avec le monde », elle propose de redonner du souffle au désir.

De quoi s’agit-il ?

Le désir n’a strictement rien à voir avec l’objet d’une volonté. Il ne s’agit pas d’avoir envie de quelque chose, de donner un but à sa vie, ou de nourrir des ambitions. Il s’agit de la dynamique d’une existence.

Mais là encore, une précision est nécessaire pour se démarquer des signifiants maîtres de l’époque. Là où celle-ci propose l’accumulation des expériences spectaculaires, instagramables, bref, destinées à la sanction du regard de l’Autre, l’existence promue par la psychanalyse est celle à chaque fois unique d’un sujet, et la sienne seule. Qu’elle ait ou non, valeur pour l’autre n’a aucune importance. Il s’agit d’être animé de la « passion du signifiant », c’est-à-dire de chercher à cerner ce qui cause les élaborations selon lesquelles on s’oriente, et ce, bien que les désigner exactement soit structurellement impossible.


Dès lors, de quoi cette démarche étrange peut-elle avoir la prétention de soulager ?

Si la dépression est l’affaissement des forces vitales, la cure amène à les irriguer à nouveau.

Si l’angoisse est une anesthésie face à un objet terrifiant, la cure replace ce dernier dans l’économie de la jouissance là où il ne provoque plus la terreur.

Si la phobie élit des objets auxquels le sujet ne peut faire face, la cure dévoile leur fonction de leurre.

En un mot, là où une élaboration psychique entrave l’existence, la cure permet de dévoiler la structure du piège, et ainsi, de s’en libérer.


C’est donc loin des injonctions contemporaines à la félicité, soutenues par les illusions de la consommation, que la psychanalyse opère.

Elle soutient le sujet dans la dynamique qui le pousse à cerner sa singularité, et ce faisant, lui permet de réagencer ce qui lui faisait obstacle, en une structure nouvellement puissante.

C’est une métamorphose, rien de moins. La promesse de l’éclosion du sujet désirant, actif, responsable non pas vis-à-vis des autres, mais de soi.

Le bonheur est une illusion, mais quelle joie alors, de vivre ainsi !

[1] Il y a trois registres qui s’entremêlent pour la psychanalyse lacanienne : réel, symbolique et imaginaire.

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